Conseil régional : nouveau cadeau pour les entreprises du site de Crolles

Lors de la dernière assemblée plénière du conseil régional Rhône-Alpes, l’exécutif a acté le principe d’un soutien au projet Crolles III, qui va mobiliser 600 millions d’euros de subventions publiques pour aider les entreprises de nanotechnologies à réaliser toujours plus de profits. Les élus PS, PCF, PRG, UDF, UMP, et FN ont tous voté pour, tandis que les Verts s’abstenaient ou ne prenaient pas part au vote. Seule Myriam Combet (LCR) s’est opposée à ce texte, en donnant l’explication de vote suivante :

Queyranne a décidé de réitérer le soutien de la région aux nanotechnologies. Après les 443 millions d’Euros de subventions publiques déjà débloquées pour Crolles II, ce sont aujourd’hui 600 millions d’Euros (2/3 Etat, 1/3 collectivités locales) qui seront octroyés au projet Crolles III. La majorité régionale a justifié cette nouvelle vague de subventions publiques pour que les entreprises puissent relever les défis de la guerre économique que se livrent les grandes multinationales à l’échelle de la planète. Ce qui prime avant tout pour Queyranne et son exécutif, c’est la mondialisation, la concurrence, la compétitivité. Alors pour nous faire avaliser son projet, Queyranne nous a énuméré les multiples avantages que pouvait représenter un tel projet, évoquant en particulier un retour de taxe professionnelle intéressant pour les collectivités. Il a juste oublié de dire que la taxe professionnelle effectivement versée par les entreprises de Crolles 2 a servi à créer des infrastructures pour desservir le site, sans parler des canalisations d’eau qu’il a fallu doubler ou des lignes haute-tension qui seront aménagées, car ces entreprises de nanotechnologies sont énergétivores.

Ce que Queyranne a aussi omis de dire, c’est que dans le cadre du projet Crolles II, Motorola et Philips se sont désengagés en 2007, sans être nullement inquiétés puisque aucune collectivité ne les a contraints à rembourser les subventions qu’ils avaient reçues. Encore des millions d’euros d’argent public littéralement pillés. On n’oublie pas non plus que la principale entreprise bénéficiaire des fonds publics (ST Microélectronics) a licencié plus de 4 000 personnes dans le monde (dont 600 à Rennes en 2004) alors même qu’elle enregistre des bénéfices records de 99 milliards de dollars. Queyranne ne semble pas davantage s’émouvoir des conditions de travail des salariés à qui on demande d’augmenter toujours plus la production de plaques de silicium, pour toujours plus de profits mais toujours moins de pouvoir d’achat, puisque la direction refuse systématiquement d’augmenter leurs salaires, sans parler des luttes sévèrement réprimées ou des licenciements de délégués syndicaux.

Quant à la convention qui reste à finaliser entre les collectivités et les entreprises, elle est pour l’heure on ne peut plus creuse et ne présente aucun caractère réellement contraignant pour les entreprises qui vont engranger les subventions publiques sans véritables contreparties. Tout au plus les collectivités demanderont-elles aux porteurs du projet de rendre compte des avancées du projet devant la commission SUEVAL (suivi et évaluation des fonds publics aux entreprises). Cette Commission, mise en place par le Conseil Régional pour tenter de justifier les subventions publiques aux entreprises, n’a de toute manière aucun pouvoir contraignant et ses travaux manquent pour le moins de transparence. Bref, rien à craindre de ce côté-là pour les patrons.

Queyranne ne s’est pas davantage interrogé sur la finalité des nanotechnologies, alors que leurs applications sont plus que contestables (application inutile avec les gadgets de la téléphonie par exemple ; application militaire et sécuritaire quant à elle beaucoup plus inquiétante). Et enfin, il ne s’est pas non plus préoccupé de l’impact environnemental et des conséquences sur le vivant. Outre le fait que ces activités sont dévoreuses d’espace et d’énergie, on n’en connaît pas l’impact sur la santé (les ouvriers étant les premiers exposés). Mais ce n’est pas là le problème de ceux qui veulent des profits à n’importe quel prix.