Elections départementales : échec d’un accord à gauche du PS

Bien que nous considérons que les élections départementales ne constituent qu’un enjeu très mineur et qu’il serait plus utile que la gauche radicale mette en commun toutes ses forces pour faire échec dans la rue à la lamentable loi Macron, nous avons accepté, à la demande d’Ensemble ! et du PG, de mettre en place en Savoie des candidatures communes avec le Front de Gauche. Il s’agissait pour nous de poursuivre la dynamique unitaire de la campagne « Tout changer, rien lâcher ! Place au peuple à Chambé ! » que nous avions conduite en mars 2014 avec Ensemble !, le PG, les Alternatifs et des militantEs du mouvement social, et dont nous avons tiré un bilan très positif. Malheureusement, la direction du PCF 73 en aura décidé autrement et s’est employée à torpiller l’accord que nous avions pourtant réussi à signer.

Nous avons été informés dès novembre 2014 par le PG que le Front de Gauche devait nous rencontrer pour discuter de candidatures unitaires en Savoie. Le PCF 73, toujours aussi peu favorable à ce genre de démarche, est toutefois parvenu à faire trainer les choses et ce n’est que le 16 janvier, soit seulement 4 semaines avant le dépôt des candidatures, que nous avons été enfin invités par le Front de Gauche à discuter des conditions d’un accord. Pour notre part, nous avons fait savoir que nous étions favorables à un accord dès lors qu’il se situerait clairement dans une logique d’opposition de gauche au PS. Concrètement, cela signifiait que nous ne voulions pas travailler avec des forces qui se situent toujours dans la majorité parlementaire, ce qui excluait EELV ou Nouvelle Donne dont les députés ne se sont pas opposés au budget d’austérité 2015, et que nous voulions que ces listes aient pour objectif de combattre la droite et l’extrême-droite, mais aussi les politiques du PS, tant sur un plan national que dans les institutions locales.

Ces conditions ayant été acceptées, nous avons fait de notre côté un nombre important de compromis, en particulier sur les questions écologiques sur lequel le PCF, toujours très attachés aux vieux modèles productivistes, a des positions très éloignées des nôtres. Particulièrement difficile a été pour nous le traitement de la question du Lyon-Turin, que nous combattons depuis de longues années, puisque le PCF a imposé qu’il n’y ait pas de position de la liste sur la lutte contre ce grand projet inutile et imposé. Par souci de ne pas rompre l’unité, nous avons accepté ces conditions et sommes parvenus à établir le 27 janvier dernier une première version d’un accord en 9 points que l’on trouvera en pièce-jointe et dans le post-scriptum de cet article.

Nous avons signé cet accord départemental parce qu’il se donnait pour but dans son prologue de combattre les politiques du PS tant au niveau national que dans les collectivités nationales, parce qu’il affirmait dans son point 3 qu’il n’y aurait aucun accord avec le PS et parce qu’il prévoyait dans son point 9 que nous ne choisirions pas au second tour entre la vraie droite et la fausse gauche. Nous étions aussi satisfaits de voir que cet accord se proposait de construire autre chose qu’un simple cartel organisationnel, puisque le point 4 prévoyait que le programme serait co-élaboré par des assemblées de citoyenNEs. Enfin, nous étions satisfaits que le point 7 précise que les candidatEs seraient choisiEs par consensus en fonction de la diversité des organisations signataires et qu’ils devraient s’engager à respecter l’accord.

A peine l’accord conclu, la direction du PCF 73 a décidé de le torpiller. Le 28 janvier, autrement dit le lendemain du jour où nous avions conclu notre accord, le PCF annonçait sur son site qu’une alliance pour les départementales avait été conclue entre le PCF, le PG, Ensemble et le PCOF… sans jamais mentionner la présence du NPA. La provocation n’étant pas sans doute pas assez forte, le texte d’accord qu’il rendait publique sur son site n’était pas celui sur lequel nous nous étions mis d’accord la veille, mais celui qui nous avait été initialement proposé par le Front de Gauche et que nous avions fait largement modifier !

Malgré ces provocations, nous n’en avons pas moins poursuivi notre démarche unitaire et nous nous sommes retrouvés le jeudi 5 février avec nos partenaires. Une première difficulté a surgi, puisqu’en se fondant sur l’article 4 de l’accord, l’assemblée citoyenne de Chambéry avait proposé de remplacer la fin du point 9 : « En cas de duel avec le FN, nous appellerons à ce que pas une voix n’aille au candidat du FN. Nous mènerons, en dehors de tout Front républicain, une campagne pour expliquer qu’il est contraire aux intérêts de tous, et notamment aux intérêts des plus modestes, de voter pour le FN » par : « En cas de duel avec le FN, sans donner de consigne explicite de vote, nous mènerons une campagne spécifique pour expliquer qu’il est contraire aux intérêts de tous, et notamment aux intérêts des plus modestes, de voter pour le FN ». Pour notre part, nous ne nous sommes pas positionnés sur ce point, parce que nous estimons que l’attitude dans un second tour où le FN est présent pose de très épineuses questions stratégiques qu’il vaut mieux traiter au cas par cas, en fonction de la situation concrète, plutôt que par des formules générales. Nous avons toutefois regretté que le PC ait mis son veto à la proposition de l’assemblée citoyenne, car elle a entrainé le retrait de nombreux/ses camarades du PG qui ont annoncé que dans ces conditions ils ne feraient pas la campagne, craignant que le PCF ne prétexte de l’éventuelle présence du FN au second tour pour appeler à voter pour le parti socialiste. Ce retrait nous a particulièrement navrés puisque ces camarades, qui constituent la majorité du PG à Chambéry, sont ceux avec lesquels nous avions mené notre campagne municipale.

Dans la seconde partie de la réunion, nous sommes passés à la désignation des candidats qui, selon le point 7 de notre accord, devait se faire par consensus entre les différentes organisations. Dans la pratique, cette désignation par consensus a pris la forme d’une longue liste de 70 candidatEs (4 par canton) qui nous a été lue par le secrétaire départemental du PC, avec le soutien du secrétaire départemental du PG qui, à l’évidence, la connaissait déjà fort bien. La moitié environ de ces candidatEs était membres du PCF et un autre quart consistait en des candidats qualifiés « d’ouverture » qui dans leur quasi-totalité entretenaient de longue date des rapports notoires avec le PCF. Nous avons toutefois pu modifier à la marge la liste qui nous a été présentée, en particulier dans l’agglomération chambérienne.

Au final, nous nous sommes mis d’accord sur le dispositif suivant pour les 6 cantons de l’agglomération chambérienne qui constituent le cœur de notre intervention dans le département :

-  Chambéry 1 (Chambéry Nord + Sonnaz) : Titulaire H : Alain Ruiz (PCF), Titulaire F : Sarah Wilkowsky (présentée par le PCF comme « candidate d’ouverture »…), Suppléant H : Nabil Yahiaoui (Ensemble !), Suppléante F : Jocelyne Herbinski (présentée elle aussi comme « candidate d’ouverture » par le PCF…). Il est à noter qu’à l’origine, le PC voulait présenter comme suppléant H Hocine Chakri (PCF), ce qui lui aurait permis d’avoir tous les candidats dans ce canton.

-  Chambéry 2 (Centre + Jacob) : Titulaire H : Laurent Ripart (NPA), Titulaire F : Amandine Lécole (PCF), Suppléant H : Bernard Trigon (Ensemble !), Suppléante F : Florence Dalzon (Ensemble !)

-  Chambéry 3 (Chambéry Sud + Cognin) : Titulaire H : Gérard Volat (PG) ; Titulaire F : Marion Guisset (NPA) ; Suppléant H : Robert Leroy (PCF) ; Suppléante F : Dezzeti Arlette (PCF). Il est à noter que la direction du PCF avait accepté de retirer dans ce canton la candidature d’Alain Ferrero après que nous ayons expliqué que ses fonctions d’adjoint à la maire socialiste de Cognin le disqualifiaient pour représenter une liste d’opposition au PS.

-  La Ravoire : Titulaire H : Alain Cariglio (PCF) ; Titulaire F : Oriane Champanhet (NPA) ; Suppléant H : Alain Buet (PCF) ; Suppléante F : Nathalie Chareyron (PCF)

-  La Motte-Servolex : Titulaire H : Michel Haudry (PCF) ; Titulaire F : Patricia Moutard (présentée par le PCF comme « candidate d’ouverture ») ; Suppléant H : en cours de désignation ; Suppléante F : Marie-Christine Sudul (PCF)

-  Saint-Alban : Titulaire F : Evelyne Niveau (PCF) ; Titulaire H : Vincent Panchen (lui aussi présenté par le PCF comme « candidat d’ouverture ») ; Suppléante F : Danielle Bonnel (Assemblée citoyenne du FdG) ; Suppléant H : Jean-Claude Bernard (PG)

Si l’on prend en compte les candidats dits « d’ouverture » du PCF, on aboutissait à un total de 14 candidats PCF sur un total de 23. En d’autres termes, le PCF disposait sur l’agglomération chambérienne de 60,8 % des candidatures et ne pouvait donc s’estimer lésé, puisque lors de l’élection municipale chambérienne de mars dernier, la liste étiquetée PCF-Front de Gauche avait obtenu exactement le même nombre de suffrages, soit 7,17 % des exprimés, que celle présentée par le NPA, le PG, Ensemble ! et les Alternatifs.

Par ailleurs, le NPA avait deux autres candidates suppléantes à Aix et à Montmélian, où nous avons une petite implantation.

Le vendredi 6 février, nous avons dû faire face à trois demandes de modifications :

-  La première ne posait pas de problème : pour des raisons personnelles, Gérard Volat (PG) a annoncé qu’il ne pouvait être candidat. Du coup, il a été proposé et approuvé largement que Bernard Trigon (Ensemble !) prenne sa place et qu’il soit lui-même remplacé par Alain Goubet, ce qui constituait une occasion de donner une dynamique unitaire à la liste.

-  La deuxième nous a en revanche posé problème, puisque le secrétaire départemental du PC nous a téléphoné pour nous annoncer qu’il voulait que Marion Guisset et Oriane Champanhet ne soient que suppléantes. Soucieux de ne pas briser l’unité pour des questions de casting, nous avons accepté que Marion Guisset devienne suppléante, mais nous lui avons signifié que nous tenions à conserver la candidature d’Oriane Champanhet, estimant qu’il n’était pas anormal que le NPA ait deux titulaires sur un total départemental de trente-six.

-  La troisième était en revanche totalement inacceptable : revenant sur ce qu’elle avait accepté la veille, la direction du PCF 73 nous a expliqué que la place de titulaire à Chambéry 3 devait être enlevée à Bernard Trigon (Ensemble !) pour revenir à Alain Ferrero, adjoint PCF à la maire socialiste de Cognin. Nous avons rappelé qu’à partir du moment où le point 7 précisait que tous les candidats devaient s’engager à respecter l’accord, la candidature d’Alain Ferrero n’était pas acceptable dans la mesure où elle ne respectait pas le préambule qui précisait que les candidats devaient s’opposer aux politiques du PS « y compris dans les collectivités territoriales ». Si l’ego d’Alain Ferrero était tel qu’il ne pouvait supporter de ne pas être candidat, il fallait au moins qu’il acceptât de démissionner de ses fonctions d’adjoint et de s’opposer à la municipalité socialiste de Cognin pour pouvoir porter de manière crédible notre volonté de combattre les politiques du PS.

Le summum a été atteint le samedi 7 février, lorsque nous avons appris par le Dauphiné Libéré que le Front de Gauche (en fait le PCF !) avait tenu le 2 février à Albertville une conférence de presse dans laquelle il avait annoncé ses candidatures aux élections départementales pour les cantons d’Albertville et d’Ugine, en donnant à la presse les noms des candidats que nous étions censés désigner par consensus trois jours plus tard, et sans faire la moindre mention de l’accord départemental que nous venions de conclure cinq jours auparavant. Nous nous sommes inquiétés de la situation, mais le secrétaire du PG nous a répondu que les candidats étaient effectivement désignés depuis longtemps et que nous n’avions pas notre mot à dire, puisque nous n’étions pas implantés dans ces deux villes. Constatant donc que l’accord que nous venions tout juste de signer n’étaient manifestement pas appliqué, nous avons pris acte qu’il était devenu caduque.

La situation à Ugine et Albertville ayant fait échouer tout accord départemental, Ensemble ! a alors proposé de le limiter à la seule agglomération chambérienne : soucieux de tout faire pour préserver les possibilités d’un accord unitaire, nous avons accepté le mardi 10 février cette proposition, mais le PCF a alors annoncé qu’il refusait de discuter avec le NPA, au motif que notre congrès aurait soi-disant refusé tout accord unitaire, enterrant ainsi toute possibilité de construction d’une liste large, ce qui a amené la quasi-totalité des candidats non-PCF, et même certains PCF unitaires, à retirer leur candidature.

Prenant acte de cet échec, le NPA a toutefois décidé de ne pas présenter ses propres candidatures. Pour autant, nous ne soutiendrons pas les listes présentées par le PCF sous couvert de l’étiquette « Front de Gauche », dans la mesure où elles n’offrent aucune garantie d’indépendance vis-à-vis du PS et qu’elles tournent le dos à la nécessaire unité du monde du travail contre les politiques d’austérité.

Plus que jamais l’attitude du PCF interroge : incapable de rompre ses liens avec le PS, incapable aussi d’en finir avec le productivisme qui imprègne tous ses horizons, le PCF ne parvient pas non plus à se débarrasser de ses vieux réflexes sectaires et hégémoniques. L’échec du Front de Gauche, qui ne cesse de se déchirer, en témoigne : tout ceux qui ont fait l’expérience d’un accord avec le PCF ne peuvent que constater qu’il est malheureusement impossible de tisser des liens de confiance et de fraternité avec la direction de ce parti. C’est là un constat bien regrettable pour la gauche radicale qui aurait besoin de se rassembler, mais force est de constater que les chemins qui pourraient permettre de créer un Podemos à la française ne passeront à l’évidence pas par le PCF qui tient visiblement à poursuivre son long solo funeste.

P.-S.

Texte de l’accord départemental NPA-Front de Gauche conclu le 27 janvier

Les organisations du Front de Gauche (Ensemble !, Parti Communiste Français, Parti Communiste des Ouvriers de France et Parti de Gauche) et le Nouveau Parti Anticapitaliste ont conclu un accord départemental pour faire liste commune lors des élections départementales de mars 2015 en Savoie.

Au delà de leurs différences, elles constatent que la politique menée par le PS et ses alliés aggrave la situation économique sociale et écologique pour l’immense majorité de la population.

Cette dégradation résulte directement des « réformes » libérales entreprises par le gouvernement, sous le contrôle de la Commission Européenne. Tandis qu’elles permettent aux plus riches de toujours plus s’enrichir, ces réformes accroissent les inégalités, la pauvreté, le chômage et les difficultés de vie pour le plus grand nombre d’entre nous.

Il est nécessaire de s’y opposer, y compris dans les collectivités territoriales, pour construire et proposer une alternative de gauche.

Il s’agit aussi bien sûr de dénoncer et combattre la politique conduite par la majorité de droite au Conseil Général souvent soutenue par le PS.

Nos candidatEs soutiennent toutes les mobilisations sociales et écologiques. Ils et elles présenteront un programme de lutte contre les politiques d’austérité et la réforme territoriale, un programme soucieux du développement démocratique, solidaire et écologique de notre département.

1) Il s’agit d’une élection à une assemblée départementale et non d’une multitude d’élections dans différents cantons qui seraient indépendantes les unes des autres. Par conséquent, cet accord est valable pour tous les cantons.

2) Nos candidatEs seront présentéEs sous la même étiquette commune : « La vraie gauche ! Démocratique, sociale et écologique ». Ils feront preuve d’une totale indépendance par rapport au Parti Socialiste, avec lequel il n’y aura d’accord dans aucun canton de Savoie.

3) Nos organisations partagent la même volonté d’ouverture aux citoyens et aux forces politiques qui veulent construire une opposition et une alternative de gauche aux politiques menées par le PS et la droite, pour une transformation sociale et écologique de notre société.

4) Le programme sera enrichi et affiné durant toute la campagne à partir des propositions recueillies lors d’assemblées publiques locales, pour aboutir à une base programmatique commune pour tous les cantons. Celui-ci s’appuiera sur le bilan des deux élus sortants et sur les acquis des élus récents des diverses organisations du rassemblement.

5) Un matériel de campagne commun à tous les cantons sera élaboré, dont une partie pourra être précisée canton par canton.

6) Nous donnerons de la vigueur à cette campagne par la tenue d’assemblées publiques, permettant la participation des citoyens, y compris à la désignation des candidatEs.

7) Les candidatEs, choisiEs par consensus en respectant les statuts propres à chaque organisation, incarnent les valeurs de justice sociale et de solidarité de la liste ainsi que la diversité des organisations qui la soutiennent. Ils s’engagent à défendre et appliquer la charte commune.

8) Le nom de la liste ne pourra être utilisé dans les déclarations publiques qu’en cas d’accord de toutes les organisations sur le contenu de celles-ci.

9) Pour le second tour, en cas de duel entre un candidat de la majorité gouvernementale et parlementaire et un candidat de droite ou apparentés, nous ne donnerons pas de consigne de vote. En cas de duel avec le FN, nous appellerons à ce que pas une voix n’aille au candidat du FN. Nous mènerons, en dehors de tout Front républicain, une campagne pour expliquer qu’il est contraire aux intérêts de tous, et notamment des plus modestes, de voter pour le FN.

titre documents joints


Texte de l’accord NPA-Front de Gauche (PDF - 16.7 ko)