Lutte Ouvrière exclut sa minorité pour participation à la construction du Nouveau Parti Anticapitaliste (Le Monde du 23 septembre 2008)

Apparemment il n’y a pas qu’au Parti Communiste que le projet de nouveau parti initié par la LCR crée des tensions. La direction de Lutte Ouvrière s’inquiète de l’interêt que lui porte une partie de ses militants et sympathisants, en désaccord ou désorientés par le virage vers le PS des dernières municipales. On peut les comprendre, si les militants exclus de LO en 1996 qui ont rejoints la LCR sont aujourd’hui parmi les plus actifs dans la construction du NPA , c’est également le cas du groupe"Union 68"constitué autour d’ex militants LO de Peugeot Mulhouse exclus il y a deux ans. Il est interessant de noter que ces militants continuent le plus souvent l’activité qui caracterise le savoir faire de Lutte Ouvrière : le bulletin d’entreprise élaboré et diffusé avec les salariés de l’entreprise où ils sont implantés, démontrant ainsi que ce type d’intervention est possible et même valorisé ailleurs qu’à LO. Ceci contribue sans doute à expliquer en partie l’attitude de la direction de LO et en tout cas plus que leurs explications laborieuses sur le thème "la LCR construit un nouveau PSU et nous une vraie organisation révolutionnaire".

Article du Monde du 23 septembre 2008

"Suspendus" depuis février, privés de tribune dans la presse du parti dans la foulée, les militants de la fraction L’Etincelle - minorité d’opposition jusqu’ici tolérée au sein de Lutte ouvrière - ont été invités à prendre la porte dimanche 21 septembre. La direction de l’organisation trotskiste a en effet décidé de les exclure lors d’une conférence nationale spécialement convoquée à Paris ce jour-là.

Le différend remonte aux élections municipales à Wattrelos (Nord). Alors que LO avait décidé de négocier une place sur une liste commune avec le PS et le PCF, les minoritaires présentent une liste concurrente siglée Lutte ouvrière. Immédiatement, la direction de LO suspend l’ensemble de la fraction - une petite trentaine de personnes, soit 3 % des votants en interne. L’avenir "des relations entre ces camarades et la majorité de l’organisation" est alors renvoyé au congrès de décembre.

Entre-temps, les militants de la fraction s’investissent dans les comités du Nouveau Parti anticapitaliste lancés par la Ligue communiste révolutionnaire (LCR). "Comme observateurs", précisent-ils à l’époque. Ils n’en contribuent pas moins régulièrement aux débats et lancent même un comité du "secteur automobile". En août, ils critiquent leur direction dans une lettre ouverte, estimant que ses réserves vis-à-vis du nouveau parti d’Olivier Besancenot relèvent " d’un sectarisme qui a trop souvent été l’une des plaies du mouvement trotskiste".

Cette fois, la ligne jaune est franchie pour les amis d’Arlette Laguiller. Le sort de la minorité doit être tranché sans attendre le congrès et, selon la novlangue de LO, "le constat de séparation" dressé au plus vite. "L’Etincelle agit depuis des mois seule, y compris en concurrence avec LO. Leur choix de participer au NPA est une rupture avec leur organisation. On ne peut avoir un pied dans deux organisations", explique Michel Rodinson, membre de la direction. "Nous allons constater leur éloignement", complète Georges Kaldy, bras droit de Mme Laguiller.

"Nous refusons notre exclusion. Nous sommes issus du courant Lutte ouvrière et voulons en garder le programme essentiel", rétorque Jacques Morand, l’animateur de L’Etincelle. Pour lui, la fraction a toujours affiché ses divergences : "La direction veut juste éviter les débats sur le NPA à son congrès." L’avis est partagé par Yvan Lemaître, ancien de LO, aujourd’hui membre de la direction de la LCR : "LO voit bien le succès de notre initiative et essaie de resserrer les rangs", assure-t-il. Le raidissement est perceptible. Plus question de "regarder avec sympathie" l’initiative de la LCR comme le disait "Arlette" lors de la fête de l’organisation en juin. Lutte ouvrière se sent menacée et, pour éviter la contagion dans ses rangs, change de ton. "Notre raison d’être est de regrouper les travailleurs dans une vraie organisation révolutionnaire pour détruire le système capitaliste. Ce n’est pas le moment d’abandonner le marxisme et ce qui fait l’identité communiste", martèle M. Kaldy.

Sylvia Zappi