La mobilisation des postiers empêche la mise en place de "Facteurs d’avenir" à La Motte Servolex

Le contexte

Dans le cadre de l’ouverture totale à la concurrence prévue pour 2011, qui sert de prétexte à la privatisation, la direction de La Poste a mis en place deux projets de restructurations internes pour augmenter la productivité. L’un concerne le secteur « grand public », c’est-à-dire les guichets, il est dénommé « Terrain » ; l’autre, la distribution et ses 100 000 facteurs, c’est « Facteurs d’avenir »

Pénibilité à la hausse

Actuellement, un facteur travaille du lundi au samedi et distribue le courrier sur une tournée (un « quartier »en langage Poste), dont il est titulaire. Chaque équipe de facteurs bénéficie, pour les arrêts maladie et les congés, d’un volet de remplaçants, les « rouleurs », correspondant à 25 % des effectifs. Avec Facteurs d’avenir, la direction compte, d’une part, « réorganiser » les tournées, c’est-à-dire en supprimer un certain nombre, et, d’autre part réduire le nombre de « rouleurs » et mettre en place l’auto-remplacement au sein des équipes : quand un facteur est absent, sa tournée est effectuée par un « facteur d’équipe », nouvelle sorte de petit chef, dont la propre tournée est coupée et répartie entre les autres facteurs. A la clef, une prime attribuée collectivement, correspondant à 300 euros par an par agent, pas négligeable vu les salaires extrêmement bas… si tout va bien, car dès qu’il y des absents, malades, blessés, c’est la cata et adieu la prime ! Le but de la manœuvre est que les collègues se mettent la pression entre eux pour éviter les absents et toucher la prime. Diviser pour mieux régner : on connaît la musique.

Division syndicale

Pour faire passer son projet au niveau national, la direction de La Poste l’a jouée fine en le divisant en deux ; d’un coté un volet « social », permettant des progressions de carrières et de salaires plutôt bienvenues, soumis à l’accord des syndicats, de l’autre la restructuration en elle-même non soumise au vote. Hormis SUD PTT et la CGT, toutes les autres organisations dont FO et la CFDT (quelle surprise !) ont signé le volet social, faisant semblant de ne pas comprendre que leur signature cautionnait de fait la restructuration. Seul problème pour la direction : si des organisations représentant plus de 50% des salariés dénonçaient l’accord, celui-ci n’était plus valable. C’était le cas si on cumulait les scores de la CGT et de SUD PTT, et c’est là où ça se complique : la CGT n’a pas signé l’accord…mais ne l’a pas dénoncé, permettant ainsi sa mise en place ! La raison avancé par la CGT est de ne pas s’opposer au volet social, ce qui peut se discuter, mais les esprits mal intentionnés noteront qu’à La Poste, comme à EDF-GDF ou à la SNCF, la fédération CGT est très largement contrôlée par des militants PCF, qui sont d’un sectarisme à toute épreuve à l’égard des « gauchistes » de Sud, organisation dans laquelle, surtout à La Poste, les militants d’extrême gauche en général et de la LCR en particulier sont assez influents. Un front commun CGT-SUD PTT n’a donc pas été possible et au final ce sont les personnels qui payent le prix du sectarisme.

Une première victoire à La Motte Servolex

C’est dans ce contexte qu’intervient la tentative de mise en place de « Facteurs d’avenir » au centre de distribution de La Motte Servolex. La particularité de ce centre est la forte implantation de SUD PTT (42% aux dernières élections professionnelles) avec une section combattive qui a réussi à entraîner les autres sections syndicales dans un refus de la mise en place de la restructuration. En effet même FO et la CFDT ont fini par réagir devant la colère des facteurs et dénoncent aujourd’hui un accord qu’ils ont pourtant contribué à mettre en place hier.
La direction a essayé de passer en force sans l’accord des syndicats. Mal lui en a pris, l’Inspection du Travail, saisie par SUD PTT, l’a renvoyée dans les cordes : « Je vous confirme donc, écrit l’Inspectrice du Travail dans une lettre en date du 12 septembre 2008, que dans l’hypothèse où une modification de l’organisation du temps de travail est envisagée, [elle] relève d’un accord collectif. Par conséquent, en cas de maintien de votre projet de réorganisation, ce dernier ne pourra être mis en oeuvre qu’après la conclusion d’un accord collectif ». En clair, pas moyen pour l’instant d’imposer « Facteurs d’avenir » à la Motte Servolex, mais gageons que les huiles de la direction planchent sur les moyens de faire rentrer par la fenêtre ce que la mobilisation des salariés a réussi à faire sortir par la porte !