Avec les électriciens et gaziers en grève pour les salaires, l’emploi et le service public

C ’est une grève, comme on n’en avait pas connu depuis de très longues années, qui se déroule
actuellement dans les Industries électrique et gazière (IEG), pour l’augmentation des salaires,
contre l’externalisation des activités et pour un plan d’embauche massif.
Elle signifie tout d’abord que, pour des secteurs importants de nos entreprises, en particulier les jeunes
salariés, le poids de la défaite de la privatisation d’EDF et de GDF de 2004 est désormais dépassé. Et,
élément totalement nouveau, que des mouvements profonds peuvent échapper au contrôle des principales
fédérations syndicales.

Ils ont lutté, ils ont gagné !

Partie d’un site particulièrement combatif de stockages souterrains de gaz sur la base de revendications
salariales, cette grève reconductible s’est étendue comme une traînée de poudre après l’annonce du montant
des stock-options pour Mestrallet et Cirelli, les patrons de GDF-Suez. Les terminaux méthaniers, puis
le secteur du transport gaz sont tout de suite rentrés dans cette grève reconductible.
Les patrons de GDF-Suez ont rapidement accordé 5% d’augmentation salariale et 1300 euros de prime
exceptionnelle pour tous. Ils ont aussi renoncé à leurs stock-options.
Cette victoire a enthousiasmé tous ceux qui n’en pouvaient plus des sempiternelles journées d’action de
24 heures. Dépassant les fédérations et leurs hésitations, de nombreuses équipes syndicales ont déployé
un immense travail d’information et de conviction pour faire rentrer leurs collègues dans le mouvement.
Celui-ci a été payant. Aujourd’hui les décisions d’organiser la grève reconductible se multiplient dans la
distribution et maintenant sur plusieurs sites de production. La détermination des agents en lutte augmente,
la volonté d’étendre et de durcir le mouvement s’exprime partout.

Grève reconductible !

Dans la distribution gaz et électricité (ERDF et GRDF), la grève a démarré dans pratiquement toutes les
régions). Elle a pris naissance dans l’opposition à un projet d’externalisation d’une activité essentielle pour
les agents d’ERDF et de GRDF. Mais on n’est pas dans un conflit défensif classique, on est dans la poursuite
du combat contre les conséquences de la privatisation de l’électricité et du gaz et contre la poursuite
du dépeçage des anciennes entreprises publiques.
Supprimer le coeur de métier, ici l’essentiel des fonctions de service public : les interventions à domicile,
les branchements, la maintenance et le dépannage des réseaux… C’est une réorganisation à grande
échelle de la distribution du gaz et de l’électricité, qui sacrifie la proximité et l’aménagement du territoire
aux fusions acquisitions au plan international sous la pression permanente des actionnaires. C’est aussi
une attaque contre les acquis sociaux, la volonté de détruire au sein des entreprises les liens sociaux, les
équipes de travail, les solidarités ouvrières, les savoir-faire et les compétences acquis de longue date et
qui ont encore démontré leur efficacité lors de la tempête Klaus des 23, 24 et 25 janvier derniers.
Ce qui se discute dans les assemblées générales des électriciens
et gaziers grévistes, au-delà du refus de l’externalisation
des astreintes, c’est l’élaboration de cahiers revendicatifs
portant, entre autres, sur la récupération des 15 000
emplois perdus par EDF-GDF depuis son démantèlement.

Une volonté de criminaliser
les agents en lutte

La radicalité du conflit des gaziers et électriciens - interventions
sur l’outil de travail (coupures ciblées d’immeubles
administratifs, de zones industrielles et zones commerciales
pour paralyser la production et frapper les profiteurs à la
caisse, réalimentation des ménages coupés pour impayés,
passage en tarif nuit, gratuité pour les hôpitaux, coupures
des radars automatiques, actions sur la relève électronique…),
occupations, piquets, manifs avec véhicules de travail,
… - bénéficie du même soutien, en tout cas de la compréhension,
de la population à l’égard des salariés qui haussent
le ton face à leurs patrons.
Après avoir joué le pourrissement et l’isolement, les patrons
des IEG ont bien été obligés de constater l’extension et la
radicalisation du mouvement de grève. Ils se sont donc assis
à la table des négociations. Les premières propositions
patronales, ridiculement insuffisantes, n’en montrent pas
moins la possibilité de gagner sur les revendications. Les
profits réalisés en 2008 par EDF (3,4 milliards d’euros) et
par Gaz de France Suez (6,5 milliards d’euros) permettent
de les satisfaire !
Si au début du mouvement le gouvernement, inquiet de ce
conflit, s’est bien gardé d’en parler - ne serait-ce que pour
ne pas lui donner une visibilité nationale - il tente maintenant
d’intimider les agents en lutte : les dernières interventions
provocatrices de Fillon et de Hortefeux qui parlent
« d’actes de malveillance et de sabotage » et menacent de
sanctions disciplinaires et pénales les agents en lutte sont
un signe.

Toutes et tous ensemble
Gagner, c’est possible !

De fait, le mouvement doit maintenant imposer son propre
rythme, préserver la lutte dans l’unité la plus large et s’ancrer
dans la lutte reconductible, les occupations et blocages
d’installations et l’intervention sur l’outil de travail.
Pour contraindre les directions à céder, il reste des munitions
essentielles pour les salariés. Là où les patrons des
IEG veulent diviser en organisant des négociations entreprise
par entreprise, site par site, il est urgent que les secteurs
influents comme la production (nucléaire, thermique, hydraulique)
et le transport d’électricité (RTE) entrent à leur
tour massivement dans la grève reconductible. Encore une
fois, les équipes syndicales les plus combatives s’y emploient.
Leur tâche serait grandement facilitée si les fédérations
syndicales lançaient un appel clair en ce sens.
Gagner dans ce conflit, au moment où tous les services
publics (la poste, l’école, l’hôpital, …) sont menacés, au
moment où dans le secteur industriel, pour la première fois
depuis la fin des années 70, les grèves avec séquestrations
et occupations se multiplient, serait un formidable encouragement
à lutter, à poser des revendications en positif.
Comme l’a fait - avec succès - le LKP en Guadeloupe, exigeons
la création des emplois nécessaires au fonctionnement
de services publics égalitaires fournissant gratuitement
un quantum vital de gaz et d’électricité pour tous les
usagers ; la hausse de tous les salaires, pensions et minima
sociaux de 300 € pour qu’il n’y ait plus un seul revenu
inférieur à 1 500 € net par mois.

Il y a autour du conflit des
électriciens et gaziers matière
à converger, à rassembler.
Certes la grève générale ne se
décrète pas,
mais elle se prépare.
Préparons-la, dès maintenant.
Toutes et tous ensemble !

Photo : photothèque du mouvement social