Caterpillar:interview d’un salarié en lutte

Entretien avec Kamel, salarié de Caterpillar, fabriquant américain d’engins de chantier, qui a réalisé 3,56 milliards de profits en 2008 et envisage de liquider ses sites de l’Isère. Retrouvez cette interview sur le site national du NPA et dans notre hebdo "Tout est à nous", en vente dans les principaux kiosques et auprès des militants du NPA.

Quel est le contexte de cette lutte ?

Le conflit en est à sa cinquième semaine. La direction utilise la crise actuelle comme prétexte car, en fait, elle prépare depuis 2006 son plan de liquidation des sites de l’Isère : Echirolles qui assure la production et Grenoble qui héberge les pièces détachées et les bureaux. Aujourd’hui, il y a 2000 salariés à la production et 500 dans les bureaux. 500 personnes, en CDD ou intérim, ont perdu leurs emplois depuis l’été dernier. La direction veut ajouter une liste de 733 licenciements dans différents métiers, les ouvriers de la production étant les plus concernés.

Le chômage partiel, qui touchait certains dès octobre 2008, s’est généralisé depuis le 17 décembre : une semaine travaillée par mois, puis toutes les six semaines, avec une rémunération de 60% du salaire. Depuis plusieurs années, la gestion du personnel s’est particulièrement durcie : interdictions humiliantes (café, gamelle personnelle, etc.), pointeuse, responsabilisation individuelle des ouvriers en cas d’accident du travail, rapports pour les « fautifs », réprimandes pour des paroles tenues, dossiers individuels classant les salariés comme dociles ou rebelles, etc.

Comment la grève a-t-elle démarré ?

La réaction d’un « noyau dur » d’une trentaine de salariés est à l’origine du conflit. Nous en avions ras-le-bol d’assister à l’enlisement des négociations entre l’intersyndicale et la direction. Cette colère a poussé les organisations syndicales et a mobilisé les autres salariés. Le but de la direction était de ne pas aboutir à un accord à la date butoir pour que soit appliqué le minimum légal : 1/5e du salaire par année d’ancienneté et 2/15e à partir de dix ans plus une prime de 4000 euros pour préjudice moral. Nous, on se bat pour réduire le nombre de licenciements au maximum et, en cas de suppression de poste, un plancher de 30000 euros avec trois mois de salaire par année d’ancienneté.

Et la « retenue » des quatre dirigeants ?

Grâce à cette action très médiatisée, notre lutte a reçu un sacré soutien qui a pu se mesurer par de nombreuses collectes des différentes sections syndicales et des salariés dans l’agglomération grenobloise, du public comme du privé. A l’intérieur de l’entreprise, de forts liens de solidarité se sont créés. C’est un moyen pour faire monter le rapport de force quand les patrons refusent de négocier.

Et Sarkozy dans tout ça ?

Sarkozy et les patrons, c’est le même club. Suite à sa condamnation de la « séquestration » les salariés ont décidé, en assemblée générale, de ne pas le rencontrer malgré ses promesses d’intervention. Si des lois interdisent les séquestrations, alors il faut des lois qui obligent les patrons à négocier !

Et maintenant ?

Vendredi 17 avril, suite au dépôt de plainte patronal pour « entrave au droit de travailler », 19 salariés ont écopé au tribunal de grande instance de Grenoble d’une interdiction d’être sur le piquet de grève sous peine d’une amende de 200 euros par jour. Après avoir « lâché » sur quelques points (600 au lieu de 733 licenciements et 50 millions d’euros au lieu de 48,5 pour les indemnités), la direction remet en cause totalement les conditions de travail des restants : annualisation du temps de travail, acceptation individuelle d’un nouveau contrat…

N.B :

Le protocole de fin de conflit, négocié entre la direction de Caterpillar et les organisations syndicales, dimanche 19 avril, sous l’égide du gouvernement, a été très mal accueilli par une bonne partie des grévistes. Les 600 licenciements sont confirmés et le chômage partiel va continuer !