Elections régionales 2010 en Rhône Alpes : le bilan de la gauche plurielle

Par Myriam Combet, conseillère régionale sortante et tête de liste du NPA en Rhône Alpes.

Lors des régionales de 2004, la gauche avait fait campagne sur le thème : si nous sommes élus, nous serons de véritables contre-pouvoir à la politique de Raffarin et c’est sur cette base là d’ailleurs que la gauche avait remporté de nombreuses victoires dans les régions.

Au terme de ces six années de pouvoir PS dans les régions, il est clair que le discours du PS a beaucoup évolué puisqu’on est loin en effet des grandes déclarations de 2004. Jean-Jack Queyranne, président PS de la région Rhône-Alpes a ainsi pu déclarer en juillet dernier à la presse : « L’intérêt des Rhônalpins n’est ni de gauche ni de droite (...). Je n’ai pas d’a priori idéologique pour aborder les dossiers. »

Cette déclaration résume 6 années de gestion socialiste, marquées par un accompagnement des politiques libérales du gouvernement et de l’Union européenne.

Le service public d’éducation nationale est de ce point de vue assez emblématique. Il faut savoir que les Régions interviennent à divers titres dans ce secteur.

Dans un contexte marqué par des attaques très violentes de la part du gouvernement, les régions n’ont non seulement pas été une force de résistance, mais surtout elles ont en fait largement pris leur part aux politiques de libéralisation.

- En matière de statut des personnels, les régions socialistes ont non seulement refusé de s’opposer au transfert aux collectivités locales des personnels TOS des lycées, mais elles se sont au contraire empressées de soutenir cette politique, contribuant ainsi à la casse des statuts de la fonction publique d’Etat.

- Face à un gouvernement qui s’en prend à l’enseignement public et à la laïcité, les régions socialistes ont choisi d’accompagner le mouvement en finançant lycées et universités privés à un niveau bien supérieur à ce que prévoit la loi. La région Rhône-Alpes attribue par exemple aux lycées privés 15 millions d’Euros en crédits d’investissement alors que ces crédits n’ont aucun caractère obligatoire pour les région. Pour information Marie-France Vieux-Marcaud, la vice-présidente chargée des lycées est membre du PCF...

- Elles ont aussi largement pris leur part dans l’externalisation des missions des lycées, puisqu’elles ont massivement délégué la gestion de la restauration scolaire à de grands groupes privés comme Scolarest (avec des conséquences en terme de qualité des repas etc…)

- Elles ont aussi accompagné les attaques gouvernementales contre l’enseignement professionnel en apportant tout leur soutien au développement de l’apprentissage, qui vise à une adaptation immédiate de la jeunesse aux exigences du patronat (les taux de rupture de contrats en apprentissage sont très élevés, pouvant atteindre 50 % dans certains secteurs).

- Enfin, en matière d’enseignement supérieur et de recherche, elles ont largement contribué aux politiques de casse actuelles, en finançant le développement des pôles de compétitivité, qui soumettent la recherche publique aux exigences des entreprises, mais aussi en encourageant l’intégration des universités dans les nouveaux Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur, qui s’inscrivent dans la loi sur l’autonomie des universités.

Cette orientation libérale des politiques régionales se retrouve dans bien d’autres domaines à commencer par celui de la formation professionnelle.

Là encore, les régions mettent en concurrence les structures de formation, ce qui conduit les AFPA (qui seront transférées aux Régions en 2010) à réduire le prix de leurs prestations avec des conséquences en terme de conditions d’accueil des stagiaires et des conditions de travail des formateurs.

Cette orientation libérale, on la retrouve aussi dans la fiscalité mise en œuvre par les régions, une fiscalité qui pèse de plus en plus sur les salariés et de moins en moins sur le patronat. Au niveau fiscal, ce dernier mandat régional a en effet été marqué par deux choses :

- la baisse des prélèvements sur les entreprises, par le biais de la multiplication des exonérations de taxe professionnelles, qui ont préparé le terrain à l’annonce par Sarkozy de la prochaine suppression de cet impôt sur les entreprises.

- la hausse des prélèvements sur les ménages, par la mise en place d’une TIPP régionale, qui alourdit la fiscalité indirecte, autrement dit celle qui pèse sur les ménages.

Dans le même temps, cet argent prélevé sur les ménages a fortement tendance à finir dans les poches du patronat :

Les régions soutiennent que leur intervention économique est marginale, oubliant volontairement de dire que l’essentiel de leurs interventions se traduit par des subventions à des entreprises privées dans de très nombreux domaines (en matière de recherche ou de formation, d’environnement aussi par ex).

Cela passe par des aides directes pour la trésorerie des entreprises, par des garanties d’emprunt, des prêts en tout genre, par le soutien aux pôles de compétitivité, aux grands groupes qui licencient et qui engrangent des bénéfices. (par exemple des 7 millions d’Euros donnés en juillet dernier par la région Rhône-Alpes au groupe Pierre et Vacances pour l’implantation d’un CenterParc).

Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il n’y a pas de contrepartie sérieuse à cette masse d’argent public donné aux entreprises.

Les entreprises qui ne respectent pas leurs engagements ne sont jamais sanctionnées, puisque les régions, de façon assez systématique, annulent purement et simplement les dettes dont les entreprises peuvent rester redevables.

Cette distribution d’argent public se fait aussi sans aucun contrôle ni aucune transparence, puisque les régions refusent de communiquer le montant total des aides qu’elles apportent aux entreprises malgré la mise en place des commissions régionales de suivi et d’évaluation des fonds publics.

Il faudrait bien sûr développer ce rapide bilan, évoquer par exemple la concentration des politiques culturelles sur quelques très grosses structures. Il faudrait aussi mettre aussi en évidence le vide des politiques de démocratie dites participatives.

Mais quel que soit l’angle de tir, le bilan sera toujours le même : l’horizon des politiques socialistes est marqué par leur orientation libérale et la priorité qu’elles accordent à la satisfaction des besoins des entreprises.