Le 11 octobre : une journée pour organiser la riposte

Le 11 octobre, une journée d’action interprofessionnelle nationale est appelée par une intersyndicale qui regroupe la CFDT, la CGT, la FSU, SOLIDAIRES et l’ UNSA.

En Savoie, des manifestations sont prévues à 10h30, à la Sasson à Chambéry et place de la sous préfecture à Albertville, à l’appel de la CGT, de Solidaires et de la FSU.

Nous vous proposons ci dessous une analyse de notre camarade Laurent Delage.

NB : cet article a été initialement publié sur le site Débat révolutionnaire, un site d’analyses et de discussion animé par des militants du NPA.

La manifestation du 27 septembre de l’Éducation nationale contre les suppressions de postes a été un succès : 165 000
manifestants dans le pays, du public et du privé, avec des taux de grévistes de 54 % dans le primaire et de 46 % dans les
collèges et lycées. Les salariés de l’éducation nationale, excédés par la profonde dégradation de leurs conditions de
travail, sont descendus nombreux dans la rue pour dénoncer les 16 000 suppressions de postes de cette année et les 14
000 prévues pour l’année prochaine.

Face aux manifestants, Châtel a répondu que la dette de l’État impose de poursuivre la politique du non remplacement
d’un fonctionnaire sur deux partants à la retraite. Sarkozy lui a emboîté le pas, sur le terrain de la démagogie antifonctionnaires,
en déclarant que les emplois importants, « ce ne sont pas les emplois de la fonction publique, c’est les emplois de
l’industrie, de l’entreprise, ceux exposés à la concurrence »... Oubliant bien vite les nombreux précaires de l’Éducation nationale
que le gouvernement vient de mettre à la rue !

Tous les moyens de chantage sont bons pour tenter d’intimider et de culpabiliser les enseignants, comme l’ensemble
des salariés. Les déclarations démagogiques sur la fin de « l’État Providence » tournent en boucle, comme si la dette était
creusée par « trop » de services publics.
Cela fait des années que l’État supprime des postes en masse : près de 80 000 depuis 2005 rien que dans l’Éducation
nationale ! Quant à la dette, loin de se réduire, elle s’est littéralement envolée lors de la crise financière de 2008, lorsque
l’État est venu au secours des banques. Aujourd’hui, ce sont les mêmes financiers qui réclament des intérêts de 40
milliards d’euros, soit l’équivalent justement du budget de l’Éducation nationale !

Mais la démagogie et le chantage que tentent d’exercer Sarkozy et ses ministres ne font pas recette, tellement ils sont
déconsidérés, noyés dans les affaires de fric, de valises et de corruption. Beaucoup de salariés se sentaient
profondément solidaires des enseignants, conscients de la dégradation de l’école, des fermetures de classe, mais aussi du
fait que les salariés de l’Éducation nationale se battent contre la même politique menée actuellement dans les
entreprises.

Si les travailleurs, les équipes militantes discutent de la crise du capitalisme, de la dette et de la politique du
gouvernement pour nous la faire payer, il y a une vraie difficulté à envisager une continuité de cette journée du 27
septembre avec celle du 11 octobre, en grande partie à cause de la timidité politique de l’intersyndicale.


Des directions syndicales en rupture avec Sarkozy… mais toujours disponible au dialogue
social

Au mois d’aout, l’intersyndicale réclamait « une véritable concertation sociale avec le gouvernement et le patronat pour examiner les
mesures à prendre pour soutenir la croissance, soutenir l’emploi et réduire la dette tout en garantissant la cohésion sociale »… pendant que
le gouvernement annonçait sa politique d’austérité ! Devant la fin de non-recevoir de celui-ci, la « concertation sociale » a
disparu du communiqué du 1er septembre, mais le fond de leur politique reste sur ce même terrain du dialogue social et
pas sur celui de la lutte et du rapport de force pour imposer notre refus de payer la facture des capitalistes.

Sans objectif
clair, la rencontre du 15 septembre n’a même pas abouti à un appel commun, la CFDT se refusant à toute référence à la
grève ou à un arrêt de travail.

Au-delà de la question des modalités de l’appel, l’intersyndicale reste surtout totalement silencieuse sur la question de la
dette de l’État, reprenant la plateforme de… 2009 comme si rien ne s’était passé depuis. Comment faire l’impasse sur
une telle question, alors que toute la politique du pouvoir, et de ceux qui y postulent pour 2012, est dictée par le
paiement d’une dette complètement illégitime ?
La question ne peut être réduite à une prétendue « unité » par le bas, qui imposerait de s’aligner sur la politique de la
CFDT. Les positions actuelles de la CGT s’inscrivent totalement dans cette politique.

Dans un tract confédéral contre
le pacte « Euro plus », celle-ci explique : « pour la CGT, il n’est pas question d’ignorer la question de la dette publique, sa charge
pesant lourdement sur le budget de l’État et sa capacité à financer les dépenses utiles. Cependant, la réduction de la dette et du déficit doit
s’appuyer sur une politique (notamment industrielle) de croissance créant des emplois qualifiés, bien rémunérés et stables. De meilleurs services
de santé, de la recherche-développement de bon niveau, des investissements dans les infrastructures contribueraient à cette politique
ambitieuse ».

La légitimité de la dette n’est même pas remise en cause et les « propositions » de la CGT, sur la
« croissance », les salaires ou un « plan industriel » sont ainsi présentées comme la meilleure méthode pour la
rembourser. Comme si l’Etat était neutre dans la guerre de classe qui se mène aujourd’hui pour rétablir le taux de profit
à tout prix. Comme s’il n’était pas au service des intérêts des capitalistes, quand il démantèle les services publics, quand
il s’attaque aux retraites, à la santé, etc.

De même, la question des salaires ne se pose pas comme une « proposition » qui
pourrait résoudre la crise par en haut, en favorisant le retour de la « croissance » et en mettant un peu d’huile dans les
rouages du capitalisme. Au contraire, elle se pose exclusivement en termes de rapport de force global, entre les
travailleurs et les classes dominantes. Il s’agit aujourd’hui d’affirmer toute la légitimité de la lutte pour les augmentations
de salaires, pour l’échelle mobile, en formulant une politique pour la convergence des différentes grèves qui éclatent sur
ces revendications.

Dans la même veine, Nasser Mansouri-Guilani, économiste de la CGT, déclare à propos de la dette : « L’approche libérale
conçoit par définition l’endettement public comme mauvais. Mais la dette peut aussi être liée aux investissements qui permettent de créer des
richesses bien supérieures au coût de l’endettement sur le long terme. Tout dépend donc de la nature de l’endettement. Il ne faut pas oublier
que plus l’endettement est élevé, plus les charges d’intérêt le sont aussi. Il faut donc bien distinguer le bon et le mauvais endettement ».
Certes, mais cela ne répond pas du tout à la question de à qui on emprunte et pour payer qui ?

Les récents déboires de
municipalités grévées par des prêts « toxiques » en sont l’illustration. Même s’ils ont pu servir à financer des
infrastructures utiles à la population, les fameux prêts à taux variables « vendus » aux communes par Dexia, avec bien
souvent la bénédiction de l’Etat, n’en demeurent pas moins illégitimes. Par le jeu des spéculations, les taux d’intérêts de
ces prêts s’envolent depuis 2008, atteignant parfois plus de 24 % ! Exiger l’annulation de la dette, c’est refuser que la
population, l’Etat avec de l’argent public, ne payent pour ce vol.

Le refus des directions syndicales de dénoncer l’illégitimité de la dette et de réclamer son annulation traduit bien leur
volonté de rester sur le terrain du « dialogue social ». Avec Sarkozy, la chose est devenue plus compliquée depuis les
retraites, mais avec son successeur en 2012, tout peut recommencer…
Chérèque l’exprime clairement : « Il y a eu deux périodes dans ce quinquennat. Une première, au cours de laquelle Nicolas Sarkozy a
respecté les règles de la démocratie sociale en tenant compte des négociations entre syndicats et patronat avant de soumettre les projets de
réformes au législateur (représentativité, réforme du marché du travail, la formation professionnelle ou encore l’assurance chômage). Puis est
arrivée la réforme des 35 heures, qu’il a voulu imposer de force. A partir de cet instant, la confiance s’est rompue. S’en est suivie celle des
retraites, « trop importante pour que les syndicats s’en occupent », puis des projets de loi qui partaient dans tous les sens ». Pas
étonnant que la CFDT répète sur tous les tons, à propos de la journée du 11 octobre, que la grève ne sert à rien.

Pour la CGT, l’enjeu du 11 octobre est quelque peu différent. Thibault fait même le tour de France pour mobiliser, en
même temps qu’il fait campagne pour les élections professionnelles de la Fonction publique du 20 octobre… Ne
craignant pas d’être débordé, contrairement à l’année dernière lors de la lutte pour les retraites, l’appareil appelle à faire
grève pour que la journée soit un succès.

Mais l’objectif relève davantage de calculs pour savoir quel syndicat sera l’interlocuteur privilégié d’un probable
gouvernement d’alternance après 2012. D’autant que la CGT est en concurrence avec la CFDT sur ce terrain. Cette
dernière a déjà posé des jalons, en participant par exemple au projet du PS sur les retraites (lequel a voté le passage aux
42,5 annuités avec la droite l’an dernier). Hollande, s’est ainsi flanqué d’un conseiller, Bontems, ex numéro deux de la
CFDT. Celui-ci a mis en place une « cellule sociale » de 70 membres, dont une bonne moitié de syndicalistes
essentiellement de la CFDT, de l’UNSA, mais avec également une participation de la CGT. De même, Aubry cultive ses
bonnes relations avec la CGT où elle a toujours eu de « solides contacts » ainsi qu’avec FO et Mailly, qui vante sa « franchise
 » et son « opiniâtreté ».

Mais si les directions syndicales sont dans l’attente des futures combinaisons au pouvoir, l’offensive du gouvernement
et des capitalistes pousse les travailleurs à riposter sans attendre, malgré les pressions qu’exerce la dégradation globale
de la situation.

Sans illusions sur 2012, lutter contre l’austérité

Côté gouvernement, le plan d’austérité est en marche. Le budget 2012 de l’Etat prévoit ainsi 30 400 suppressions
d’emplois, soit près de 150 000 depuis 2007. Pécresse vient également de présenter le budget de la Sécurité sociale, qui
prévoit surtout des économies sur le dos des assurés. Outre la contre-réforme des retraites (138 000 départs en moins
prévus, soit une économie de 1,3 milliard), elle annonce une taxe de 1,1 milliard d’euros sur les complémentaires santé
et des coupes supplémentaires de 2,2 milliards dans les dépenses d’assurance maladie : 450 millions au titre de
« l’amélioration de la performance à l’hôpital », 220 millions par la baisse des indemnités journalières en cas d’arrêt-maladie
grâce au tour de passe-passe du changement de la méthode de calcul (60 % du salaire net au lieu de 50 % du brut), etc.
Les déclarations du gouvernement sur la « taxation » des riches sont bien une mascarade… ils en restent à 200 millions
d’euros après avoir bénéficié de milliards de cadeaux divers !

Par contre, Fillon vient de plaider pour la convergence avec l’Allemagne sur les retraites en déclarant « il faudra aller vers
un temps de travail commun… vers un âge de retraite commun »… sous-entendu 67 ans en 2030, comme cela vient d’être voté
en Allemagne. Une fois encore, cette provocation démontre bien qu’il n’y a pas d’autre choix, pour défendre nos droits,
que l’affrontement avec ce pouvoir au service des banques et des riches.

Dans les entreprises, les capitalistes mènent eux aussi leur offensive. Ils « anticipent » la baisse des ventes et de leurs
profits comme à PSA, qui vient d’annoncer 500 suppressions d’emplois de CDI dans les 3 mois, ainsi que des centaines
de licenciements d’intérimaires, accélérant au passage sa politique de fermeture du site d’Aulnay. Et pourtant, côté
bénéfices, tout va bien ! « Les carnets de commandes sont plein » déclarent cyniquement le PDG Varin, PSA a 11 milliards
d’euros de réserve et vient même de racheter ses propres actions pour la bagatelle de 200 millions d’euros.

Face à cette offensive, des ripostes ont lieu comme à Fralib contre la délocalisation du site par Unilever, comme aux
Fonderies du Poitou contre la baisse de 23 % des salaires sous la menace d’un plan de licenciements, comme à la
raffinerie de LyondellBasell sur l’étang de Berre, où les salariés sont en grève depuis l’annonce de fermeture le 27
septembre. Là aussi, les actionnaires en veulent toujours plus en voulant mettre des salariés sur le carreau alors qu’ils
ont dégagé 50 millions de bénéfices nets rien que sur le 1er semestre !

Dans ces luttes, des équipes militantes prennent des initiatives de convergence et de manifestations, pour faire connaître
leur lutte, mener la bataille d’opinion ou pour appeler à la solidarité les salariés d’un même groupe ou d’une même
branche. Le 11 octobre pourrait être une journée permettant de faire converger encore plus largement ces luttes, en
mettant en oeuvre une politique dénonçant l’illégitimité des licenciements, des baisses de salaires et de pouvoir d’achat,
etc.

Loin de la politique du « dialogue social », incapable d’organiser le monde du travail pour la riposte, il y a urgence à
affirmer une politique de classe, c’est-à-dire une politique qui cherche à unifier et à redonner confiance dans la force
collective des travailleurs et dans la grève.

Rompre avec le dialogue social quel qu’il soit sans craindre de remettre en cause le
capitalisme

Pour préparer le 11 octobre, mais aussi pour la suite, il nous faut mener ces débats largement dans les équipes
syndicales, avec les travailleurs. Dans le milieu CGT par exemple, bien des militants ont envie que ça marche, refusant
d’accepter la crise comme une fatalité face à laquelle on ne peut que se soumettre. C’est l’occasion de discuter quelle
politique face à l’offensive actuelle : attendre l’alternance de 2012, ou ne compter que sur la lutte avec ses méthodes et
ses moyens ? Accepter de rembourser la dette en demandant qu’elle soit un peu moins injuste ou affirmer son
illégitimité et réclamer son annulation, en osant appeler à construire un vrai rapport de force par la grève et la rue ?
Dans nos organisations syndicales, il nous faut débattre d’un plan d’urgence, des mesures que le monde du travail doit
imposer pour défendre ses droits fondamentaux face à cette nouvelle étape de la crise du capitalisme.

Interdire les licenciements, pour ne pas laisser aux capitalistes le droit de décider de nos vies comme à PSA, à la
raffinerie de LyondellBasell ou à Fralib. Une telle mesure est plus que légitime, quand les patrons aggravent la crise
générale du système en « anticipant » les baisses de profits à venir. Augmenter les salaires, imposer l’échelle mobile, car
la crise vient justement de ce trop-plein de profits qui se sont accumulés au détriment de la part des salaires ces
dernières décennies.
De même, il ne faut pas craindre de poser la question politique de la dette quand l’État et les patrons l’utilisent
largement pour imposer des reculs importants dans les entreprises ou les services publics. Ne pas affirmer l’illégitimité
de cette dette, creusée par le recours exclusif des États aux marchés financiers pour se financer, conduit à être dominé
par le camp d’en face, par tous ceux qui répètent aujourd’hui que « l’État Providence » est terminé et qu’on ne peut que se
soumettre à cette fatalité.

Mais la crise financière n’est pas une fatalité, elle est la suite d’une politique menée par les États, les institutions, la classe
dominante pour tenter en permanence de sauver le système et de maintenir les taux de profits. C’est sur un terrain
clairement anticapitaliste, défendant les intérêts du monde du travail face à ceux de cette aristocratie financière, que les
travailleurs pourront prendre l’offensive en osant leur contester le droit à diriger toute la société.