Besancenot : "Aubry fait obstacle au NPA" (le JDD, 24 décembre 2011)


(Reuters)

Dans une lettre, Martine Aubry demande à ce qu’"aucun parrainage d’élu socialiste et républicain ne manque à notre candidat", François Hollande. Autrement dit, la patronne du PS incite les élus de sensibilité de gauche à accorder leur signature au seul Parti socialiste. Une initiative qui agace Olivier Besancenot, alors que Philippe Poutou, candidat du NPA pour 2012, peine à obtenir ses 500 parrainages. Il s’en explique au JDD.fr.

Que pensez-vous de la démarche de Martine Aubry ?

Ce qui m’agace, c’est le double discours du Parti socialiste. Au moment de la primaire, on nous explique que c’est aux électeurs de trancher et quand il s’agit de faire le ménage des candidats, c’est la direction du PS qui décide qui a le droit ou pas d’aller à l’élection. Le PS a un poids particulier dans les conseils régionaux, les conseils départementaux. Quand on envoie un signal clair comme le fait Martine Aubry, on sait quelles conséquences il peut avoir sur tous les maires que nous sommes allés démarcher dans les petites communes.

Vous considérez donc que Martine Aubry prive les autres partis de gauche de candidature ?

Elle cherche à empêcher potentiellement le NPA de se présenter. Nous représentons un courant qui mène des combats sociaux politiques toute l’année contre la droite. Le NPA, qu’on aime ou qu’on n’aime pas, a une utilité politique. Je ne vois pas pourquoi on nous priverait de parole au moment des échéances électorales. Elle sait concrètement que toute une série d’élus de sensibilité de gauche, sans soutenir le NPA, sont prêts à nous accorder leurs parrainages parce que des militants ont été les démarcher sur le terrain, simplement pour des raisons démocratiques.

Considérez-vous que cette lettre représente une forme de pression sur les élus ?

Oui, clairement. C’est pour ça que je me suis autorisé à faire un communiqué pour que la direction du PS médite un peu sur cette question. Il faut que le débat ait lieu, y compris dans les rangs du Parti socialiste parce que je n’imagine pas une seule seconde que tout le monde soit sur cette longueur d’onde. La question se pose à tous, y compris à ceux qui ont leur signature. Je ne sais pas ce qu’en pensent Eva Joly ou encore Jean-Luc Mélenchon. Est-ce que oui ou non le NPA a le droit de cité au moment de l’élection présidentielle ? Cette question devrait interpeller tout le monde.

Redoutez-vous que ce genre de démarche empêche Philippe Poutou d’obtenir ses 500 parrainages ?

Pour l’instant, nous avons 300 promesses de parrainages. La candidature du NPA est donc à portée de main. On dénoncera tous les obstacles qui s’opposent à ça. Et malheureusement, la lettre de Martine Aubry en fait partie.

Vous attendiez-vous à ce genre de démarche de la part du PS ?

Non. Je ne vois pas bien l’intérêt à part chercher à régler administrativement des désaccords politiques. Ça n’est pas une preuve de confiance en soi.

Caroline Vigoureux - leJDD.fr