Philippe Poutou, l’ouvrier-candidat du NPA qui veut "dégager Sarkozy" (La Provence, 29 janvier 2012)

Il arrive de Lorraine, enchaîne sur un meeting à Marseille et ne cache pas que le rythme d’une présidentielle, "c’est un peu dur".

Le cheveu grisonnant, un brin fatigué, le discret mais très spontané Philippe Poutou, 45 ans, candidat du Nouveau parti anticapitaliste, fait le job. Avec conviction. Comme hier dans la cité phocéenne, au théâtre Mazenod.

L’ouvrier de chez Ford à Blanquefort près de Bordeaux, qui désormais ne travaille que trois jours par semaine, avoue ne pas "être très à l’aise" dans cet exercice de campagne électorale. Mais le NPA l’a choisi pour remplacer le médiatique Olivier Besancenot. Alors il y va. Ces quatre années de lutte pour empêcher la fermeture de son usine , sa "détermination" et sa capacité "à ne pas se résigner" ont fait de lui un prétendant pour 2012 digne de la formation d’extrême gauche. Le défi est délicat à relever. "Ça s’est passé tellement vite que je n’ai pas pu trop gamberger."

En 2007, son prédécesseur avait réuni 1, 5 million de voix, soit 4 % des suffrages. Crédité entre 0 et 1 % dans les sondages, Philippe Poutou, qui n’hésite pas à dire de lui qu’il est "encore un candidat virtuel", sait que le chemin sera long.


"On ne discute pas d’un score mais plutôt d’une présence au premier tour." Si neuf mais déjà avisé. "Nous sommes plus optimistes qu’il y a six mois" , poursuit celui qui a rassemblé 382 parrainages pour l’instant. Le même nombre que celui atteint par le NPA à la même période. "Cela nous laisse espérer" , confie-t-il, non sans humour.

Plus sérieux, il conditionnerait presque une consigne de vote au fait que "François Hollande nous permette d’être candidat... il y a tellement de pression sur les élus !" Philippe Poutou découvre mais n’est pas dupe. Raison pour laquelle il fustige "les politiques professionnels, cette caste qui défend ses privilèges".

Alors, dans ce parcours du combattant, "même prenant et intense", ce sont les rencontres avec les salariés qu’il préfère. Après le meeting, il a vu "les camarades" de Fralib, le site occupé de Gémenos. Il leur a rappelé"l’importance de la pression sociale pour que les choses bougent, pour retrouver le moral".

Tout comme auparavant, devant un parterre de partisans, il a expliqué son programme : un plan d’urgence contre la rigueur "parce que la crise on veut nous la faire payer un peu plus" et la redistribution des "milliards qui existent". Il leur a martelé sa priorité : "Dégager Sarkozy et sa bande".

Marjory CHOURAQUI