Pourquoi au NPA, on boude Poutou pour Mélenchon (France tv info, 29 mars 2012)

Le candidat du Nouveau Parti anticapitaliste à la présidentielle, Philippe Poutou, le 26 mars 2012 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).
(THIERRY ZOCCOLAN / AFP)

L’hémorragie continue au NPA. Dans une tribune publiée jeudi 29 mars sur le site Mediapart, seize cadres et militants du Nouveau Parti anticapitaliste appellent à voter en faveur de Jean-Luc Mélenchon, le candidat du Front de gauche à la présidentielle, plutôt que pour celui de leur propre parti, Philippe Poutou. Une saignée qui vient s’ajouter aux déboires rencontrés dès le début de la campagne du NPA.

• Philippe Poutou, une désignation contestée

C’est au mois de juin 2011 que Philippe Poutou, ouvrier et délégué CGT à l’usine Ford de Blanquefort (Gironde), est investi candidat à l’élection présidentielle avec 53% des voix par la conférence nationale du NPA. Mais la désignation de cet inconnu du grand public, qui a la lourde tâche de reprendre le flambeau abandonné par le très médiatique Olivier Besancenot, provoque d’emblée des frictions. Beaucoup de militants sont surpris qu’aucune des deux porte-parole du parti, Christine Poupin et Myriam Martin, un temps pressenties, n’aient été retenues.

• Une première crise à l’automne

Début novembre, plusieurs proches d’Olivier Besancenot décident de former un courant minoritaire : la Gauche anticapitaliste. Ils reprochent au candidat de 2007, comme à Philippe Poutou et à la majorité du parti, d’avoir entraîné le NPA dans une stratégie d’isolement. A ce stade, les membres de ce courant n’appellent pas à voter Jean-Luc Mélenchon, mais les observateurs considèrent que seulement trois ans après sa création, le parti vit une grave crise. Face à cette situation, les militants tentent de faire bonne figure.

• Des cadres du parti se rapprochent de Mélenchon

Petit à petit, la Gauche anticapitaliste, qui revendique un poids de 40% au sein de l’appareil du NPA, prend de plus en plus de distances avec la campagne de Philippe Poutou. "Le NPA en est réduit à tenter de disputer les 1 ou 2 % qui restent à se répartir avec LO, à coups de slogans tout faits et de surenchère pseudo radicale. La campagne n’a pas de fonctionnalité politique, donc pas d’audience, ce qui nous affaiblit du point de vue même de nos capacités à diffuser nos idées", écrivent ses animateurs dans un premier bilan d’étape cinglant, en janvier.

Et le courant finit par franchir le pas le 22 mars, dans une tribune à Libération. Myriam Martin, Hélène Adam et Pierre-François Grond constatent avec "amertume" et "colère" que le NPA "a renoncé à rassembler tous les anticapitalistes dans un parti de masse". Face à "l’enjeu essentiel de battre Sarkozy" et à un programme Hollande qui "s’inscrit dans la gestion du capitalisme", ils en appellent "à un vote le plus massif et dynamique possible pour donner force à un programme d’urgence" au premier tour. Ils voient dans la campagne de Jean-Luc Mélenchon, qui atteint des sommets dans les sondages, des propositions "qui vont dans le bon sens".

Les seize militants et cadres signataires du texte publié jeudi sur Mediapart, dont certains sont membres du conseil politique national du NPA, sont sur la même longueur d’ondes. Ils relèvent "la dynamique de la campagne du Front de gauche, la maturité politique et la conscience qui s’y fait jour." Ils appellent la gauche de la gauche à s’unir et à dire "d’une seule voix : Sarkozy dégage ! Assez d’austérité !"

FTVi