Poutou veut résister à "l’aspiration Mélenchon" (Le Nouvel Observateur, 04 avril 2012)

Par Nicolas Chapuis

Le candidat du NPA essaye de faire passer son message anticapitaliste. De notre envoyé spécial à Avignon.

Les militants du NPA scrutent le ciel gris avignonnais avec inquiétude. "Quand il pleut ici c’est une catastrophe, la ville est déserte", explique l’un d’entre eux. Météo pluvieuse, tel est le bulletin de la campagne de Philippe Poutou. Mais les travées de la petite salle de la mairie d’Avignon se remplissent peu à peu. Quand le candidat monte sur l’estrade, 70 personnes sont réunies pour l’écouter.

Un syndicat de politicien ?

Sa campagne bat de l’aile, les sondages l’enterrent sous la barre des 1%, mais Poutou garde une certaine énergie. Autour de lui, les murs sont tapissés d’affiches qui le représentent en bas à droite avec son demi-sourire. Le même qu’il arbore à la tribune quand il commence par un point santé : "Je vais bien". Il ironise sur les dures conditions de travail des candidats, "Il n’y a pas de syndicat pour nous défendre". Avant de retrouver son sérieux : "Parmi tous les côtés un peu dingues de la campagne, j’ai vu des articles sur la difficulté d’être candidat, d’être politicien professionnel. La vraie difficulté ce sont les conditions de vie de tous les opprimés. C’est un décalage de plus entre le regard porté sur cette campagne et la réelle souffrance des gens."

L’introduction séduit la salle. Pablo, qui a dans les 25 ans, apprécie le côté "franc" du discours. Son ami Gérald approuve : "Il est convaincant, j’ai bien aimé le début. On sent à sa façon de bouger les bras, de parler, qu’il n’est pas politique de formation". "Il est proche des gens", renchérit Pablo.

Pas politique de formation donc, et pourtant Philippe Poutou est passé temporairement dans le camp des professionnels. Un CDD de courte durée. Le candidat, ouvrier dans l’automobile à Bordeaux, a pris un congé sans solde au mois d’avril pour mener la campagne, tandis que le parti paye son salaire. Mais le 2 mai, il retourne à l’usine. A l’estrade, ce rôle de candidat semble toujours un peu étrange pour lui. "Le NPA a un candidat officiel, et c’est moi. C’est bizarre mais c’est comme ça."

Sans notes, il se lance dans un discours pour expliquer son programme. Il décrit la voix du NPA comme "anticapitaliste", "féministe", "antiraciste", "écologiste". A chaque point, il apporte sa touche personnelle de travailleur. Sur le féminisme, il dénonce les violences faites aux femmes "dans tous les milieux sociaux", prenant l’exemple de DSK. "Parce que pour les gens c’est bien connu, c’est seulement l’ouvrier qui boit trop, qui cogne sa femme… et bien non." Il appelle aussi "au combat social contre la volonté des classes dirigeants qui veulent diviser le camp des opprimés."

"Parasite"

La suite du discours, rôdé, est consacrée aux autres candidats. Poutou dénonce le concours "pour savoir qui est le plus proche du peuple". Marine Le Pen est la première cible de ses attaques. "Elle a fait preuve d’une démagogie sans limite, en essayant de faire croire qu’elle était la candidate des ouvriers." Quand il parle d’elle, sa langue fourche et le mot "parasite" jaillit. La salle est hilare. Alors le candidat assume : "Bon ce n’est pas le mot que je voulais dire. Mais je ne le retire pas, tant pis s’il y a un procès derrière", s’amuse-t-il.

Il raille aussi Dupont-Aignan, qui prend le RER avec une nuée de caméra. "Moi quand je le prend, je suis tout seul." Enfin Sarkozy a droit aussi à son couplet : "Lui, le candidat du peuple ? Quand on a entendu ça, nous on a cru un instant qu’on était le candidat du CAC 40. On a un peu flippé."

"On ne joue pas dans la même cour"

De Melenchon, il n’est question qu’en conclusion. Son ascension est dans toutes les têtes. Une militante le déplore à voix haute : "A chaque fois on nous compare à lui, forcément c’est une catastrophe."La comparaison avec les grandes salles enflammées du Front de gauche est en effet cruelle pour le NPA. L’ambiance ici est plus à la salle de village, avec une sonorisation défectueuse, et des militants qui interpellent le candidat.

Poutou prend soin d’écarter tout parallèle : "Avec le Front de gauche on ne joue pas dans la même cour. Nous sommes un petit parti, on fait avec nos moyens." Il pointe les différences entre lui et Mélenchon : "J’ai lu que Mélenchon disait que les investisseurs n’avaient pas à s’inquiéter de son programme. Ils ont à s’inquiéter du nôtre. Nous voulons l’annulation de la dette, et l’expropriation d’une partie du capital." La sortie du nucléaire aussi est une ligne rouge entre les deux partis. Le NPA y est favorable, contrairement aux communistes : "C’est une énergie dangereuse, et encore plus quand elle est aux mains des capitalistes."

Quand on évoque avec lui le départ de dirigeants du NPA, dont la porte-parole Myriam Martin, il se rétracte un peu. Il apprend qu’elle sera sur scène aux côtés de Mélenchon, place du capitole le lendemain. "Ça va lui faire tout drôle d’aller dans un meeting où à la fin, ils chantent la Marseillaise", grince-t-il. Mais en conclusion de son discours, Poutou joue l’ouverture avec Mélenchon, lui envoyant "un message". "Il faut qu’on discute dès maintenant avec la gauche de la gauche, notamment sur l’interdiction des licenciements qui est le point commun entre Mélenchon, Arthaud et nous." Il appelle de ses voeux une "riposte unitaire". Mais pas question de céder à "l’aspiration Mélenchon", l’unité ne se discutera qu’après le 6 mai.